Introduction
Si l’on devait résumer la citation de Lieberman (2015) en une phrase moderne : « Bouge, sinon ton corps va se venger ». Derrière cette formule à peine exagérée se cache un constat biologique puissant : notre corps n’a jamais été conçu pour la sédentarité. Pas étonnant que rester assis toute la journée donne mal au dos, augmente la tension artérielle, et dérègle la glycémie : c’est tout simplement contre-évolutif.
1. L’évolution n’a pas prévu Netflix ni open-space
Pendant des centaines de milliers d’années, l’humain a été sélectionné pour se déplacer pour survivre. Chasser, cueillir, marcher, grimper, porter, courir, parfois se battre ou fuir. Chaque système physiologique a évolué pour répondre à ces contraintes :
- Le système cardiovasculaire s’adapte à l’endurance.
- Les muscles squelettiques répondent à la résistance.
- L’os se densifie à l’impact.
Quand ces stimuli disparaissent, nos organes deviennent… paresseux. Et la machine se dérègle. La sédentarité chronique est un phénomène très récent, et notre génétique n’a pas suivi.
2. L’inactivité, un poison lent mais efficace
La recherche est claire : ne pas bouger est toxique. On parle aujourd’hui de « maladies de la sédentarité » :
- Diabète de type 2
- Hypertension artérielle
- Obésité viscérale
- Ostéoporose
- Dépression et troubles cognitifs
Un article de Booth et al. (2012) décrit même l’inactivité comme un facteur de risque aussi important que le tabac. Pas très sexy, le canapé.
3. L’exercice, une thérapie cellulaire multisystémique
Chaque séance d’activité physique est une cascade de micro-réglages biologiques :
- Baisse de la glycémie via le GLUT-4 dans les muscles
- Libération de BDNF, la « molécule de la plasticité cérébrale »
- Sécrétion d’endorphines et d’IL-10, aux effets anti-inflammatoires
L’exercice devient ainsi un véritable traitement préventif, voire curatif, pour de nombreuses pathologies chroniques. Et ce n’est pas une formule marketing : les recommandations officielles de l’OMS parlent désormais d’activité physique comme traitement non médicamenteux de première ligne.
4. Bouger oui, mais comment ?
Pas besoin de s’inscrire au triathlon. La physiologie est généreuse :
- 30 minutes par jour de marche rapide peuvent suffire à prévenir la plupart des maladies chroniques (Warburton et al., 2006).
- L’entraînement de résistance 2 fois par semaine stimule la masse musculaire et osseuse, même après 60 ans.
- Le yoga, le HIIT ou les sports collectifs apportent des bénéfices mentaux et sociaux en plus du métabolique.
Ce qui compte, c’est la régularité et la variété. Le meilleur exercice, c’est celui qu’on fait (vraiment).
5. Kiné et prévention : remettre du mouvement dans les corps
En tant que kinésithérapeute, je vois tous les jours les effets délétères de l’inactivité. C’est justement pour cela que j’ai conçu un protocole de prévention adapté aux personnes en position assise prolongée — vous pouvez le découvrir ici : Protocole prévention position assise. Le mouvement devient alors un médicament à prescrire, doser, adapter.
Mais l’objectif final, ce n’est pas traiter c’est prévenir: c’est de rendre la personne autonome. Lui redonner confiance, lui montrer qu’elle peut bouger sans peur. Parce que ce que notre génétique attend de nous, ce n’est pas l’immobilité, c’est l’adaptation.
Conclusion
On n’a pas (encore) changé d’espèce. Et tant que notre ADN sera celui d’un Homo sapiens d’il y a 40 000 ans, notre physiologie restera allergique à la chaise. L’exercice n’est pas un supplément lifestyle : c’est un traitement de base.
Alors, sans tomber dans la culpabilisation : levons-nous, marchons, dansons, portons, grimpons… Parce qu’au fond, c’est ce que notre corps attend.
Sources:
Références Lieberman D.E. (2015). The Story of the Human Body: Evolution, Health, and Disease. Vintage. Booth F.W., Roberts C.K., Laye M.J. (2012). Lack of exercise is a major cause of chronic diseases. Compr Physiol. 2(2):1143–1211. Warburton D.E.R. et al. (2006). Health benefits of physical activity: the evidence. CMAJ, 174(6):801–809. Pedersen B.K., Saltin B. (2015). Exercise as medicine – evidence for prescribing exercise as therapy in 26 different chronic diseases. Scand J Med Sci Sports, 25(S3):1–72. World Health Organization (2023). Physical activity. https://www.who.int/health-topics/physical-activity Exercise is Medicine (2023). Revisiting Its Vital Role in Healthcare Amidst Disappointing Trends in Physical Activity Advice. https://www.exerciseismedicine.org
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